Compte-rendu de la conférence de Maître Hervé Temime

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En guise d’introduction, Maître Temime soutient que le métier d’avocat est le plus beau métier du monde, et ce même après 36 ans d’exercice. Il n’est pas un homme de relations, de réseaux et n’a de carte d’aucun parti politique. En 1991, il a co-fondé l’Association des avocats pénalistes.

Il se dit favorable à la réforme pénale. La peine n’est pas l’élément le plus important à ses yeux, il faut plutôt se concentrer sur le taux d’élucidation des affaires : « la politique pénale n’a de sens que si elle a de l’effet sur la commission des crimes et délits ». Si chaque délinquant avait la certitude d’être jugé et condamné, le nombre de délits et de crimes serait sûrement moins élevé.

Hervé Temime a récemment participé à la commission de réforme de la liberté conditionnelle. A cette occasion il s’est aperçu que le taux de récidive des individus libérés sous conditionnelle était inférieur de 50% à celui des individus réalisant l’intégralité de leur séjour en prison.

Il est préférable de sortir de prison avant la fin de sa peine et de bénéficier d’un accompagnement adapté plutôt que de retomber dans une situation financière, familiale et économique désastreuse. Il ne faut pas sortir de prison plus démuni qu’avant d’y être entré.
Selon Maître Temime, toutes les alternatives à la prison sont bonnes. A ce titre la peine de probation est une bonne chose. Toutefois il se déclare contre la suppression des prisons.

Première question du public à Maître Temime : Pourquoi avoir choisi le droit pénal ?

C’est une vocation depuis ses douze ans et n’en envisageait pas d’autre.

Deuxième question : Quels liens doit entretenir l’avocat avec la vérité ?

La vérité n’est pas le problème de l’avocat, ils ne doivent pas porter de jugement sur leur client pour les défendre. L’avocat est, selon Maître Temime, le « dernier juge de son client ». Le métier d’avocat est sulfureux par nature, dans une ère de transparence. C’est la grandeur du métier de ne pas prêter serment de recherche de la vérité : elle ne doit être sue seulement si sa méconnaissance engendrerait des erreurs.
Il y a effectivement des moments où l’avocat a besoin de connaître la vérité. Mais alors que l’innocent n’a en principe rien à craindre de la vérité, le coupable tente quant à lui de convaincre l’avocat en lui dissimulant des informations ou mentant. Or l’avocat n’est pas le juge et cela lui complique son travail.

Être convaincu de l’innocence de son client est une source de motivation mais peut également s’avérer être un obstacle. Hervé Temime fait ici référence au fait qu’il n’a pu empêcher une condamnation en première instance à l’un de ses clients. Il considère que sa défense a été mauvaise car, étant convaincu de l’innocence de son client, il est parti du postulat que le juge pensait la même chose que lui, ce qui n’était pas le cas.
Selon lui, les qualités de l’avocat sont : « l’investissement dans sa tâche et la responsabilité dans l’échec »

Pour approfondir ces questions, Hervé Temime conseille la lecture de l’œuvre de l’avocat américain Alan Dershowitz : « Le démon de l’avocat » ainsi que le film « The Staircase ».

Troisième question : L’exercice du métier d’avocat a-t-il modifié son rapport aux hommes ?

La plaidoirie n’est pas un discours, l’avocat doit se mettre dans la tête de l’autre : le client, le procureur, le juge… « La plaidoirie doit être un dialogue muet avec des gens dont on essaie de comprendre la manière de réagir ».
L’exercice du métier d’avocat fait effectivement changer : on abandonne ses certitudes de jeunes face à la réalité des choses. Cela n’altère toutefois ni l’intégrité ni les tabous. Hervé Temime prend ici l’exemple qu’il a précédemment développé dans son livre : Il a traité le cas d’un client accusé d’avoir importé de l’héroïne et dont la compagne a été arrêtée également. Ce client, doctorant de philosophie, paraissait très sympathique. A la lecture du procès-verbal de la compagne de son client, Maître Temime découvre que ce dernier l’avait initiée à l’héroïne afin de la faire tester les produits stupéfiants à chacun de leurs voyages. Son client assumait toutefois cela avec une froideur qui l’avait alors surpris.

Quatrième question : Que penser des avocats s’étant engagés en politique ?

On perd une part de liberté en s’engageant dans un parti. Maître Temime s’intéresse beaucoup à la politique, à ce titre il trouve que la qualité des débats présidentiels a baissé. L’engagement politique est une tâche noble mais très difficile et pour un avocat elle n’est pas forcément une valeur ajoutée.

Cinquième question : N’a-t-il pas peur d’humilier la personne en face de lui lorsqu’il défend la famille des victimes ?

Hervé Temime ne plaide généralement pas en partie civile, il avait d’ailleurs refusé une première fois la proposition de Georges Kiejman de défendre la famille Le Roux à Rennes, avant d’accepter ce qu’il appelle lui même le « Outreau à l’envers ».
Il faut avoir la capacité de ne jamais humilier, et ce même si les débats judiciaires sont souvent vifs. C’est pourquoi Hervé Temime a posé des conditions avant d’accepter le dossier, notamment celle ne pas utiliser la vie privée de l’accusé comme un argument.

Sixième question : Maître Temime considère-t-il ses honoraires comme justes ?

La question ne se pose pas en termes de justice ou d’injustice, ses prix sont ceux du marché. De plus ce sont des honoraires théoriques : Seules les sociétés ayant de grands enjeux financiers ou de grands fortunes individuelles les paient. Il défend également des clients gratuitement.

Septième question : Quels rapports Maître Temime entretient-il avec les magistrats ?

Hervé Temime n’entretient pas de relations personnelles avec les magistrats, ces dernières sont toutefois très respectueuses.
Le métier de magistrat ne l’a pas attiré. Le juge doit être impartial alors que l’avocat lui n’est que partialité. Quant au métier de procureur, Maître Temime précise qu’il n’aime pas être du côté de l’accusation, à ce titre l’affaire Le Roux était une exception.

Huitième question : La médiatisation croissante des procès a-t-elle changé la manière de plaider ?

Lors de sa plaidoirie, l’avocat ne doit se soucier que d’être efficace. « L’avocat est un compétiteur, il faut haïr la défaite. »

Neuvième et dernière question : Est-il possible de mettre un avocat sur écoute ?

L’avocat n’a pas d’immunité ni d’impunité du fait de son métier. Il est possible de le mettre sur écoute s’il est soupçonné d’être impliqué dans une affaire. Hervé Temime précise toutefois qu’un client mis sur écoute doit pouvoir parler à son avocat de manière parfaitement confidentielle. Le secret des conservations est un socle devant être inviolable pour assurer une justice impartiale, elle-même véritable garantie de la démocratie.