Compte-rendu de la conférence de Benoît Hamon

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Introduction de Paul Rubion :

Biographie

Vos origines sont bretonnes puisque vous êtes né en 1967, à Saint Renan, dans le Finistère. Vous adhérez au Parti Socialiste en 1987, suite aux manifestations étudiantes contre le projet de loi Devaquet. Vous fondez ensuite le Mouvement des Jeunes Socialistes en 1993 et vous présidez cette organisation de 1993 à 1995. Vous rejoignez, en 1997, Martine Aubry, alors Ministre de l’Emploi et de la Solidarité, pour suivre le dossier des emplois jeunes. Vous êtes élu député européen de 2004 à 2009. Au Parlement Européen, vous siégez à la Commission des Affaires Economiques et Monétaires. En 2005, vous faites la campagne du NON au sein du Parti Socialiste et donc vous votez NON au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Au sein du Parti Socialiste, vous devenez, en 2005, Secrétaire national chargé du projet européen, puis à partir de 2009, porte-parole du PS. Actuellement, vous êtes conseiller régional d’Ile-de-France, depuis 2010, et vous enseignez, en tant que professeur associé à l’Université de Paris VIII, le fonctionnement des organisations multilatérales et les processus décisionnels dans l’Union Européenne.

Présentation du livre

Vous publiez, en Septembre 2011, un livre intitulé « Tourner la page » et sous-titré « Reprenons la marche du progrès social ». Cet ouvrage va plutôt à contre-courant de la pensée dominante, il marque clairement une rupture. Je vous cite : « Nous sommes là pour en finir avec ce système, pour façonner un modèle plus juste et le lui substituer ». Ainsi, le titre de votre livre constitue une véritable invitation à « tourner la page » du capitalisme financier et du néolibéralisme, qui paralysent, selon vous, la marche du progrès social. L’idée principale que vous développez réside dans le fait que les peuples d’Europe n’ont pas à payer  la facture de la crise. Selon vous, les politiques d’austérité sont non seulement injustes mais aussi illégitimes et inacceptables. Tout au long de votre ouvrage, vous vous attachez donc à établir des objectifs et une stratégie pour reprendre la bonne marche du progrès social.

Dans votre introduction, vous critiquez ouvertement la social-démocratie européenne, qui aurait perdu, du moins en partie, la bataille culturelle sur l’Etat-Providence, suite au triomphe du néolibéralisme. Vous ironisez même sur l’un des possibles thèmes de campagnes des prochaines élections présidentielles : le triple A des agences de notation plutôt que l’emploi et les salaires des français.

Dans une première partie, vous mettez en avant l’idée que les néolibéraux à la tête des gouvernements européens confisqueraient les clés de la démocratie aux peuples européens. D’après vous, le néolibéralisme se consacre, je cite, « à obtenir le consentement et la passivité du corps social ». Vous raillez le règne des institutions non-démocratiques, type OMC-FMI-Commission Européenne, et des agences de notation. En brocardant la technostructure européenne, vous souhaitez provoquer la dissidence et donc une rupture avec la social-démocratie compromise, selon vous, dans une alliance avec les libéraux à l’échelle européenne.

Dans une deuxième partie, vous estimez que le libre-échange est l’un des principaux responsables de la crise économique. Si l’on suit votre raisonnement,  l’austérité généralisée en Europe constitue un contresens politique et un déni de justice sociale, avec une destruction progressive des différents systèmes de protection sociale. Vous pointez du doigt également le très faible budget européen en appelant de vos vœux une augmentation conséquente de celui-ci, par l’emprunt ou par l’impôt européen (voire même par une taxe européenne sur les transactions financières). Considérant que la dette européenne est illégitime pour les peuples européens, vous voulez mettre fin à l’économie « low cost ». Au rayon des propositions, vous souhaitez, je cite, « reprendre la marche de l’intégration européenne par cercles concentriques. Bloc par bloc, en associant les pays à niveau de développement comparable », afin de bâtir une véritable citoyenneté européenne. De même, vous proposez d’obtenir l’intégration des normes sociales et environnementales aux traités commerciaux internationaux, grâce à des écluses tarifaires. Sur le plan économique, vous prenez position pour la restructuration de la dette grecque et la fin du Pacte de Stabilité et de Croissance. Vous reprenez même différentes propositions du Manifeste des Economistes Atterrés : l’interdiction des ventes à découvert, la neutralisation du rôle des ANC (Agences de Notation de Crédit) privées et la création d’une Agence Européenne de Notation Publique. Enfin, vous revendiquez la création d’un salaire minimum européen. En définitive, vous estimez, je cite, que « l’Union Européenne doit revenir aux fondamentaux », en redonnant tout simplement la parole aux peuples.

Au chapitre des interrogations, nous voudrions savoir si, à votre avis, ce positionnement ancré à gauche que vous revendiquez au sein du Parti Socialiste ne constitue qu’une stratégie électorale pour concurrencer Jean-Luc Mélenchon ou est-ce bien plus que cela ? Ainsi, certains vous auraient taxé de « gauche dure », l’assumez-vous ? De même, nous aimerions savoir si votre vision du socialisme que vous défendez porte un projet réellement viable pour l’Europe ? Le socialisme démocratique, en rupture avec la social-démocratie, est-il l’avenir de l’Europe ?

La parole à Benoit Hamon :

La thèse de Benoit Hamon et qu’il développe dans son livre est qu’aujourd’hui le libre-échange est le responsable du déclenchement crise. Celui  a en effet entrainé une baisse cout du L ce qui a motivé l’endettement des ménages. Ce phénomène est particulièrement visible aux Etats-Unis. D’un point de vue, c’est finalement une baisse du niveau de vie qui s’opère.

Pour lui, le modèle de développement actuel est inévitablement voué à l’échec s’il continue à prôner le libre-échange absolu en témoigne la succession de crises qui se rapprochent de plus en plus dans le temps. La stabilité de l’euro étant menacé, c’est l’existence de l’UE qui est interrogé. La crise met en évidence que l’ancien modèle est mort mais le nouveau n’est pas encore né. Nous sommes dans un entre-deux, entre ce qui n’existe plus et ce qui va naitre. De ce clair-obscur peut naitre un monstre. Celui est déjà bien vivant, grandit et ce consolide. Ce monstre, c’est la montée des extrémismes, de l’obscurantisme, la montée du FN. L’hypothèse que Marine Le Pen soit au second tour des présidentiels est bien solide.

François Fillon ne cesse de déclarer que la rigueur est la seule solution. Ce discours est partagé par tous grands dirigeants de l’UE : l’Europe doit se lancer dans cure d’obscurité. L’interprétation que fait Benoit Hamon est qu’on a offert au modèle financier la dépouille du modèle sociale européen alors que ce sont eux qui sont responsables de la crise. Aujourd’hui, c’est la dette qu’on attaque, demain ce sera la croissance. L’actualité a également mis en valeur la crispation actuelle des institutions face au désir grec de faire appel au peuple.

Au niveau de la France, Benoit Hamon est frappé par l’immense scepticisme qui frappe les Français par rapport à la politique. Ils pensent que leur bulletin de vente n’a aucune influence sur le sort qui sera le leur. Le résultat est le fort taux d’abstention ou le fait que certaines personnes décident de voter pour des extrêmes même s’ils ne l’avaient jamais fait auparavant dans le seul but de faire bouger les choses. Le climat actuel qui mêle reproduction des élites, dramatisation et banalisation de certaines idées de Marine Le Pen par certains choix politiques de Nicolas Sarkozy entraîne une plus grande influence des extrêmes dans la société.

Dans son introduction, Benoit Hamon décrit la méfiance qui grandit dans différents pays à l’encontre des paris de gauche considérés corrompus. En ce qui concerne l’identité européenne, on constate que la difficulté de sa construction tient au fait qu’actuellement, l’intérêt national continue de primer sur l’intérêt général euro. Quelle devrait être cette identité européenne ? L’Europe se différencie du modèle anglo-saxon par son modèle sociale. Le point commun à tous les pays européens est la démocratie, le libre-échange et un haut niveau de protection sociale financé par la redistribution.  Cependant, ce qui est frappant est comment la dislocation du SU, acquis du CNR. Un paradoxe apparait, le débat politique est centré sur l’idée que ce qui est vieux est mauvais. Le problème est que la démocratie est très vieille. De plus, on constate que la construction européenne se fait dans la méfiance des peuples, le référendum grec en est l’exemple.

Benoit Hamon plaide pour faire la différence entre dépenses fiscales et dépenses d’investissement. Il plaide pour une gouvernance de la zone euro plus efficace. Pour la plupart des économistes, la lutte contre les déficits n’est pas comme loi de la gravité. Austérité généralisée n’a aucun sens car les pays européens échangent entre eux. Une récession globale est à attendre. Tous les pays européens font en même temps des compressions de dépense ce qui va peser sur l’investissement et la consommation des ménages. En France, la baisse du coût du travail a provoqué un chômage élevé.

La remise en cause du pacte de stabilité de croissance est possible. Le budget européen n’est pas instrument qui peut être utile économiquement pour des budgets nationaux serrés.

L’austérité peut-elle nous sortir de cette mauvaise passe ? Réduire le niveau d’endettement pub va augmenter le niveau de l’endettement privé et nous amener vers une dette similaire à celle des Etats-Unis. Il faut mener des politiques européennes qui remettent en cause le pacte de stabilité de croissance, sortir des problèmes institutionnels et mettre en place choix politiques compréhensibles. La France doit défendre la création d’un impôt européen. En ce qui concerne la  question de la politique commerciale de l’UE, la France avait dénoncé les mesures protectionnistes des certains Etats avec lesquels elle commerce. Il faut mettre en place des formes de protectionnisme ciblées aux frontières de l’UE. De telles formes de protectionnisme existe déjà ailleurs alors pourquoi pas en Europe ?

Le bilan du G20 s’est limité à des compliments entre Barack Obama et Nicolas Sarkozy mais pas de mesures concrètes. En ce qui concerne la Chine et sa monnaie sous-évaluée les négociations vont être difficiles. La trop forte emprise des chinois en Europe, empêche de mettre en place des pressions sur la question des droits de l’Homme. Il faut mettre en place un système fondé sur la réciprocité. Notamment, mettre en place des écluses tarifaires, c’est-à-dire des taxations sur les produits fabriqués dans  des situations déloyales.

Questions :

Le PS ne pourra pas mettre en place toutes ses mesures car la situation éco ne le permet pas. En un an tout ne pourra être mis en œuvre, il faut prendre en compte le niveau des comptes pub, de l’urgence de certaines réformes. Une hiérarchie devra être mise en place et les mesures s’étaleront dans le temps. L’une des idées du PS est notamment de réformer la médecine libérale en passant d’un paiement à l’acte à un paiement par forfait, ce qui fera avancer grandement les choses sans rien couter.

En ce qui concerne les politiques keynésiennes, il convient d’améliorer la compétitivité française mais pas de mettre en place une politique stricte de baisse du cout du L qui équivaut à la création d’un immense secteur low cost. Les conséquences d’une baisse des couts du travail sont que par leur baisse de pension, les travailleurs vont chercher les produits les moins chers, produits importés et  vont donc stimuler la concurrence. Le citoyen lutte alors contre ses propres intérêts et mettent en cause leur propre droit puisque cela encourage davantage le patronat à vouloir s’aligner sur les conditions des entreprises étrangères.  Faire des politiques de relance est la bonne solution mais elles n’ont pas encore été assez poussées.

En tant que porte-parole du PS, il exprime le centre de gravité de ce qu’est le PS. Aujourd’hui, il est content du point où ils sont parvenus avec des hommes et femmes de cultures différentes. Il aimerait que les verts se joignent à eux. Il prône la transition écologique et énergétique et est favorable à être moins dépendant du nucléaire civil. Il compte rassembler tous ceux qui veulent que la part du nucléaire civile baisse. Il y a une branche industrielle de l’énergie renouvelable à construire.

Pour conclure sur l’Europe, il met en évidence qu’il faut avoir une haute idée de ce que nous protégeons. Il n’est pas normal qu’on justifie la suppression de mesures gagnées par le CNR  en nous présentant la situation actuelle comme pire que celle après la seconde guerre mondiale.