Compte-rendu de la conférence de Gilles Richard

L’état des droites en France : les droites dans tous leurs états

12 mars 2015 – 18H45 – Amphithéâtre Érasme
Gilles Richard entre dans la salle, les applaudissements sont nourris. La conférence commence par une présentation de notre invité.

Avant de débuter, notre invité tient à rappeler que le pluriel s’impose quand on parle de la droite en France : en réalité, il faut parler de « droites ».

Commençons par l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), car malgré tout ce qu’on entend, elle reste encore la principale force politique à droite de l’échiquier : elle occupe en effet une position centrale, qui ne signifie pas centriste, note Gilles Richard, comme le Parti Socialiste (PS) l’est à gauche.
La situation de l’UMP est instable, et son avenir, tout sauf certain. Ainsi le montre le retour de Nicolas Sarkozy, beaucoup moins triomphal que prévu.
L’UMP a exercé pendant dix ans le pouvoir, de 2002 à 2012, date à laquelle elle fut défaite par le PS, et n’est pas sûre de le retrouver en 2017. Ce qui caractérise ce parti, c’est une incertitude profonde qui s’inscrit dans une crise de régime : son avenir, insiste Gilles Richard, est loin d’être assuré.
Notre invité tente ensuite de définir ce qu’est l’UMP. Il débute en rappelant que c’est avant tout, à l’origine, une union électorale entre le Rassemblement Pour la République (RPR) de Jacques Chirac et l’Union pour la Démocratie Française (UDF), afin de gagner les élections présidentielles de 2002, après plusieurs défaites successives pour chacun d’eux lors d’élections précédentes.

Pas la première fois

Gilles Richard note que ce type d’union n’est pas nouveau à droite sous la Vème République : la première fois officielle a lieu lors des élections législatives de 1973 et le Professeur fait remarquer qu’on garde le « U », car l’alliance d’alors prend le nom d’Union des Républicains et Progrès. Elle se constitue face à l’union des gauches.
En 1978, il n’y a pas d’union similaire à droite, et Valéry Giscard d’Estaing parle alors de « pluralisme organisé ». C’est ensuite à partir de 1981 qu’une union se généralisera à chaque élection dans le but de rassembler la droite, Front National (FN) exclu.

Le choc du 21 avril 2002

L’élimination du candidat socialiste Lionel Jospin par le candidat frontiste Jean-Marie Le Pen au premier tour des élections présidentielles de 2002 est un événement soudain et inattendu. Elle précipite le projet de transformer l’union électorale en un parti politique structuré et durable. Trois jours après le premier tour est formée l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), puis lors du congrès fondateur du Bourget du 17 décembre, le sigle « UMP » est conservé quand est créée l’Union pour un Mouvement Populaire. Les présidentielles de 2002 marquent une double victoire : celle de la droite et celle de Jacques Chirac qui s’impose.

Des précédents ?

Gilles Richard rappelle que seul le Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP) avait atteint auparavant un tel niveau de structuration : il fut d’ailleurs en passe de réussir ses objectifs en 1958 lorsqu’il déclenche la crise institutionnelle que nous connaissons. Cependant il semble « s’être pris les pieds dans le tapis » et a du s’effacer devant les gaullistes.
Sous l’ère De Gaulle, de 1958 à 1969, il n’apparait pas pertinent de parler d’union des droites, puisqu’il y avait un grand parti, le parti gaulliste, qui réduisait tous les autres à l’état de nains.

Un contexte propice

Gilles Richard met en évidence les rôles clés d’Édouard Balladur et de Nicolas Sarkozy dans la fondation de l’UMP en tant qu’instigateurs, mais aussi de François Bayrou en tant que principal adversaire à une union des droites. Ce dernier est le seul dont les réticences n’ont pas été balayées par le 21 avril.
En outre, la coalition a été préparée par l’incapacité de l’UDF à se stabiliser et sa cohésion fragile (sans rapport avec son poids politique, important malgré tout), ainsi que par la mutation idéologique du RPR. Au départ de tendance gaulliste, les années 81-84 l’ont vu se convertir au néo-libéralisme et à l’européisme (auxquels De Gaulle était profondément hostile) sous l’impulsion de Jacques Chirac cherchant à récupérer les voix des giscardiens.
Pour notre invité, on pourrait qualifier l’UMP de formation dont la matrice idéologique est giscardo-barriste mais dont l’organisation partisane est pompidolo-chiraquienne, et qui a profité de cinq années de gauche plurielle et de la « loi sur les 35h » version Martine Aubry pour s’enhardir, dans un contexte économique difficile où la principale obsession des Français était le chômage indomptable, aucun gouvernement n’ayant réussi à le résorber. De plus, il faut noter que le néo-libéralisme triomphant avait aussi emporté des pans entiers du PS, avec la conséquence que l’UMP n’avait plus d’adversaire à sa hauteur.

Le problème du Front National

L’enracinement du Front National (FN) remonte à 1984 et s’est depuis approfondi à tel point que depuis 2002, en 2007, 2012 et 2017, il a pu et peut prétendre au pouvoir. Il est le grand parti nationaliste que la France n’a jamais eu, et qui a bénéficié d’un contexte global qui lui a permis de se rendre crédible. Si son essor fut difficile, lent et non linéaire, l’ascension de Marine Le Pen l’a rendu incontournable sur la scène politique française, et joue un rôle dans le délitement à droite.

Quel avenir pour l’UMP ?

Il y en a plusieurs possibles, mais Gilles Richard tient à en formuler deux qui à ses yeux sont les plus probables, tout en rappelant qu’un événement inattendu peut toujours se produire et avoir un impact fort. Il prend l’exemple des assassinats des 7, 8 et 9 janvier 2015 qui ont redonné 20 points dans les sondages de popularité au président Hollande.
La première possibilité est celle de l’UMP sarkozyste qui reprend le projet de capter une large fraction de l’électorat frontiste, qui entend résoudre le problème du discrédit des femmes et hommes politiques de droite auprès de cet électorat et entend prendre position sur le néo-libéralisme européen auquel le FN est hostile.
Une autre possibilité réside dans la stratégie d’Alain Juppé qui cherche à redessiner l’UMP dans une alliance vers le centre, notamment dans l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) capable de trouver des alliés chez des socialistes.
Cependant, dans les deux cas, l’UMP est menacée d’éclatement.
Notre invité tient à minorer les rivalités de personnes ou de leaders. En effet, pour lui, un parti politique c’est avant tout un panier de crabes. Ces rivalités doivent être ramenées à leur juste place car elles sont si mises en exergue tous les jours que cela empêche de penser aux lignes stratégiques. Pour Gilles Richard, à part Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Marine Le Pen, les autres font seulement figures de « canards sans tête » qui savent tweeter.

La partie conférence s’arrête ici, pour donner lieu à un échange avec la salle. Les questions du public sont nombreuses et Gilles Richard y répond avec soin et enthousiasme.