Compte-rendu de la conférence de Michel Denisot

En partenariat avec la librairie Le Failler, Ysegoria recevait Michel Denisot le 2 décembre 2014 pour une conférence au format inahituel puisque de 13h00 à 14h00.

Curriculum Vitae de Michel Denisot.
Pilier historique de canal + et TF1
Expérience et carrière journalistique
Pigiste puis journaliste sportif
1972 : à Paris
Après un court passage à France 3
Présentateur du JT de TF1 puis de Téléfoot
1984 : quitte TF1 pour canal + séduit par l’esprit canal
30 ans : animation d’émissions
1991 : président du PSG
Présentateur du Grand Journal de Canal +
Directeur de la rédaction de Vanity Fair depuis 2013

Le métier de journaliste :

Depuis 50 ans en commençant par les métiers du bas de l’échelle. Comment et pourquoi fait-on ce métier ? C’est d’abord relater les faits puis donner son point de vue (éditorialiste). Aujourd’hui les deux fonctions se confondent souvent. Le métier de journaliste est un métier qui évolue beaucoup. Titre de son livre : « brèves de vie » car il aime la rigueur des brèves. Il peut s’agir d’écrire 2 lignes pour résumer 4 feuillets sur l’Afghanistan (jamais assez bien) → un métier qui demande beaucoup d’humilité.→ on peut toujours faire plus court et plus précis pour améliorer le niveau d’information.

1ere question : Les médias sont-ils trop proches des milieux politiques et industriels ?
Denisot préfère être en contact avec eux et parler de ce qu’il connaît. Aujourd’hui, les hommes politiques sont omniprésents dans les médias. Avant ils étaient rares, maintenant c’est étonnant qu’ils ne soient pas sur des plateaux télé.

2eme question : Quel est l’invité qui vous a le plus marqué ?
Le prochain parce qu’il y aura toujours des invités potentiellement plus intéressants. En tous cas des gens qui sont hors normes et sont difficiles à décrire, des gens qui dégagent quelque chose de particulier.
ex : le Dalai-lama qui dégageait beaucoup alors même qu’il parlait en mandarin ou Mike Tyson : après un séjour en prison : il s’était mis dans une salle de boxe misérable – Denisot a ressenti une violence qui s’évaporait de lui (des gens extraordinaires).

3eme question : Avez-vous quitter le bateau du Grand Journal juste avant qu’il se noie ?
Denisot a beaucoup aimé cette période de 8 ans : au bout de 3-4 ans elle est devenue une émission de référence dans de nombreux domaines – au bout de la 9e année il n’avait plus la même flamme et se sentait fatigué. De plus il a eu la proposition pour Vanity Fair – un poste qui,pour la première fois, arrivait sans aller le chercher. Aujourd’hui la concurrence est difficile et les audiences ne sont pas si mauvaises que ça pour le Grand Journal. En général, on souhaite le meilleur pour son successeur.

4eme question : Comment dure-t-on à la télé ?
Ça ne se programme pas : il faut surtout réussir les concours de circonstances (pas du hasard) il faut aimer le métier de journaliste sous toutes ses formes. Au début il faisait du journalisme agricole. Ensuite, il faut se rendre indispensable ou en tous cas le faire croire et puis surtout travailler. Tout peut s’arrêter et il y a une forme de compétition. Ne pas faire de la télévision pour ce que ça représente mais pour le métier à faire dans l’audiovisuel.

5eme question : Qu’en est-il de la contrainte politique ?
Aujourd’hui c’est uniquement l’audience et plus le politique – ils sont soumis à des études permanentes – on est un produit dans les chaînes privées mais aussi publiques. Le pouvoir du politique, il l’a connu. Jacques Chaban Delmas voulait la télévision plus libre et Pompidou non – Pompidou n’était pas content de la manière dont l’information était traitée à la télévision française.

6eme question: On nous rétorque souvent quand on veut devenir journaliste qu’il faut avoir un réseau, qu’en pensez-vous par rapport à votre parcours ?
« je n’avais pas de réseau et j’en ai toujours pas » – le réseau peut aider mais il n’est pas indispensable.

7eme question : Que pensez-vous des critiques faites à l’encontre de « l’esprit canal » ?
Il n’a jamais vraiment su ce qu’était l’esprit canal mais au début ils ont eu une grande liberté avec en plus le cinéma et le football mais il n’y a pas de dogme ni de bible de Canal + . Le titre d’une émission est important : il doit dire directement ce dont il s’agit et qu’il soit valorisant d’où le « grand ». J-P Foucault s’est planté une seule fois : avec son émission « la trappe ».

8eme question : Lequel de vos métiers vous a permis le plus de vous réaliser personnellement ?
Il ne sait pas encore : il aime ça et le métier qu’il a préféré reste celui de présentateur du Grand Journal. Il a pu s’agir d’avoir des idées simples comme le concept du Zapping (qui coûte rien et qui marche très bien car très utile) grande fierté d’avoir trouvé cette idée un dimanche matin. Il est surtout fier de tout ce qu’il a produit – être à l’origine de moments forts c’est une grande satisfaction (ex : les grands match ou le duo Vanessa Paradis et Jeanne Moreau)

9eme question : Que pensez-vous de votre marionnette au guignol ?
C’est très bien mais « sauf pour moi » – il ne pense pas dire souvent « désolé » comme c’est le cas dans l’émission. A canal + : on rigole beaucoup de soi-même.

10eme question : Quel est votre rôle dans le traitement de l’actualité politique ?
Le but c’est de faire comme si on avait dîné avec les gens qui ont fait l’actualité : le journaliste pose les questions de base (où, quand, quoi, comment..) le travail d’opinion c’est à Jean-Michel Apathie. La question doit être pertinente. Le métier du journaliste, c’est la pertinence pas l’impertinence. Faire venir des gens pour leur poser des questions et leur faire dire des choses.

11eme question : Que répondez-vous aux critique de Pouriol qui critique le Grand Journal et les chroniqueurs qui auraient un temps limité… ?
Olivier est quelqu’un de trop intelligent pour faire de la télé – il ne faut pas trop intellectualiser le rôle – il posait des questions pendant la pub. C’était une erreur de casting. Dans les intellectuels : il y a eu Frédéric Beigbeder, Augustin Trappenard, Ali Baddou .. Olivier Pouriol ne s’est juste pas adapté

12eme question : Qu’est-ce que vous répondez des critiques du Petit journal ?
C’est une émission qui se veut critique mais aussi dans l’analyse. Il a connu Yann Barthès qui apportait les revues de presse à Canal + : c’est le talent le plus intéressant de la télévision française – très peu de gens arrivent à faire de l’information et de montrer ce que les politiques ne veulent pas qu’on voit. Ils ne truquent rien et font un travail.

13eme question : On dit souvent qu’un bon journaliste c’est quelqu’un dont on ne connaît pas les opinions politiques, qu’en pensez-vous ?
Il ne faut pas confondre quelqu’un qui relate les faits et les éditorialistes : il ne sait toujours pas le bord politique de Jean-Michel Apathie. Il n’est pas militant mais il veut que les gens se fassent une opinion en connaissance de cause.

14eme question : Que pensez-vous de la politique sur Élise Lucet et son émission – que Pensez-vous des nouvelles méthodes d’investigation ?
Si c’est en caméra visible : aucun problème – mais ça peut sembler agressif et si on ne fait que ça, ça n’apporte plus rien.

15eme question : Vous sentez vous dépendants de ceux qui regardent l’émission et de ce qu’ils attendent ?
Non, quand on le fait, on regarde pas ceux qui nous regarde. question compliquée car sans réponses : on fait une émission avec un style et un esprit en fonction des gens qu’on met autour de la table. Aujourd’hui ils sont tous soumis à des études (tous les matins à 9h05 minute par minute et tranche d’âge par tranche d’âge) – On ne fait pas tout pour avoir le plus grand nombre. Il y a des émissions qui ont moins d’audiences mais qui ont un public captif. Ce qu’on dit passe souvent après l’image que l’on donne.

16eme question : Comment un journaliste comme vous peut devenir patron d’un club qui reste une entreprise ?
1991 : le PSG est en situation de déficit pour la énième fois et Chirac ne veut plus renflouer donc les dirigeants ont fait du porte à porte jusqu’à Canal + qui possède les championnats de France qui représente un feuilleton pour une chaîne de télévision. Expérience assez forte qui lui a beaucoup apporté : il faut faire un orchestre et gérer les choses humaines entre des gens qui sont des stars par ailleurs.

17eme question : Le Grand Journal doit-il être uniquement un outil de promotion médiatique ?
Oui surtout pour la promotion de toutes les sorties culturelles.