Compte-rendu de la conférence de Pierre Laurent

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Prenez le pouvoir est écrit juste après les élections présidentielles et législatives. Le titre fait un clin d’œil à deux choses :

Ce fut un des slogans du Front de gauche dans la campagne présidentielle. Ce n’était pas qu’un slogan électoral, c’est aussi l’idée fondamentale qu’il n’y aura pas de changements politiques en profondeur s’il n’y a pas d’implication populaire large, massive & permanente. Il y avait un appel à l’implication citoyenne.

Pourquoi cet appel ? Car l’un des très gros problèmes de la société actuelle est la crise démocratique. C’est une crise extrêmement profonde. La vie politique est certes intense et développée mais il existe un sentiment d’un manque de prise. La confiscation des pouvoirs dans des mains de moins en moins nombreuses est une des caractéristiques de la société actuelle. C’est un blocage majeur pour sortir de la crise actuelle, crise de civilisation. On ne s’en sortira pas avec des systèmes qui laissent le pouvoir à des poignets de gens. Dans le livre je fais une critique radicale de la politisation de plus en plus accrue de notre régime. L’élection présidentielle est paradoxale car c’est un moment où le débat politique est intense dans le pays et pourtant elle ne décide que d’une seule chose : le nom de celui qui occupe la fonction présidentielle. Elle confie des pouvoirs importants à une personne avec des armées de gens qui l’entourent, qui eux ne sont sous le contrôle de personne. Sarkozy avait poussé cela à l’extrême avec 2500 personnes au plus fort du quinquennat. Il est impossible de faire vivre une démocratie dans le monde comme cela. Le Front de Gauche a porté la critique de ce système, en ouvrant un processus constituant. 4 millions de personnes ont voté Front de Gauche et seulement 2 millions ont voté pour lui aux législatives. Or toutes les lois sont votées par l’Assemblée Nationale. C’est un moyen de contrôle qui n’est pas utilisé. On donne tous les pouvoirs à un parti qui a fait 30% au premier tour des élections. Les gens pensent bien faire en donnant la majorité absolue ou en n’allant pas voter.

L’idée de la nationalisation de Florange a germé chez Montebourg. L’adhésion autour de ce projet est réelle. Le gouvernement préfère prendre une situation contraire sans que nous ayons la possibilité de le contrôler. Nous avons un système qui met trop de pouvoirs hors du contrôle de la société. Les possibilités de partage sont considérables. Mettre en commun est beaucoup plus facile aujourd’hui qu’il y a plusieurs décennies. La société change tandis que la vie institutionnelle évolue dans le sens inverse. Là où les idées de bien commun, de partage des richesses etc grandissent dans les pratiques sociales, le système, lui, repose sur la privatisation, l’opacité des décisions etc. Un des chemins pour changer cela est de revendiquer en permanence sous toutes les formes possibles notre part du pouvoir. Pour que la république en soit vraiment une, il faut que le pouvoir soit exercé en permanence. Il faut investir le débat politique. Je vous appelle à investir le débat public et à ne pas considérer que les choses sont jouées. Il ne faut pas se laisser attraper par ces idées. L’élection du président repose, pour se présenter, sur le parrainage de 500 élus. Une proposition en ce moment cherche à lever cette barrière. Une commission propose le parrainage de 150 000 citoyens. Si on suit cette proposition cela prendra un an pour avoir les signatures et aggravera la situation. L’autre raison est que nous sommes à un moment nouveau : le système politique bipolaire s’est écroulé. Des forces se lèvent pour trouver un autre système que le capitalisme. Il faut envisager un nouveau monde sauf si l’on accepte de s’enfoncer dans une crise croissante. Il faut inventer un autre monde

que celui de la compétitivité, de l’économie pour sortir de la crise. En Grèce, on parle de crise humanitaire. On voit réapparaitre des phénomènes de faim surtout chez les enfants. On n’est pas dans une période ordinaire. Il y a des forces productives nouvelles, des exigences écologiques… Il faut les intégrer. L’enjeu est singulier : l’Europe est la seule zone qui s’enfonce dans la récession car elle a poussé les modèles libéraux jusqu’ au bout. On risque de retourner un siècle en arrière socialement.

Ce qui nous motive dans la situation actuelle depuis le changement : on a fait partie des partis politiques qui ont fait battre la droite. Celle-ci est prête à pousser ses modèles autoritaires ultralibéraux à l’extrême : c’est le projet d’hommes comme Copé. Nous avons raison de les écarter du pouvoir. La critique au gouvernement actuel est qu’il ne se donne pas les moyens du changement. Quand Hollande a dit qu’ il fallait faire la guerre à la finance il avait raison. Or pour le moment il fait le contraire avec la signature du traité européen sur la stabilité. Le gouvernement a fait adopter la loi organique qui inscrit la règle d’or. On a refusé ces textes pour ne pas s’enfermer dans cette logique. Une politique d’austérité comme aujourd’hui ne permet pas d’inverser la courbe du chômage. Nous ne sommes pas dans une posture pour combattre le gouvernement, nous proposons une alternative : s’en prendre à la finance. 290 milliards de dividendes ont été versés par les entreprises. C’est de l’argent inutile au développement du pays. La protection sociale n’est pas une charge c’est ce qui permet de ne pas laisser les gens au bord de la route lors de difficultés.

Arcelor-Mital cherche à préserver ses taux de marge à 12-15% plutôt qu’à investir dans un besoin industriel. Voilà le reproche que l’on fait au gouvernement.

Nous faisons partie de la majorité qui voulait le changement. Quand on critique le gouvernement ce n’est pas pour sortir de cette majorité. Etre dans la majorité ce n’est pas être d’accord systématiquement. Il est normal que des gens disent que quelque chose d’autre peut être fait. L’alternative à l’austérité est possible. Il y a un débat dans cette majorité que nous allons continuer. Une opposition (droite) existe, mais nous la combattons. Nous avons des propositions à leur opposer. Nous essayons de porter le débat car cela est nécessaire pour sortir de la crise. Il faut un investissement continu, permanent. Le PC et ceux avec qui on a construit le Front de Gauche souhaitons que tous ceux qui veulent le changement s’investissent. Nous sommes entrés dans une nouvelle période pour le PC.

Moi je crois que maintenant que nous avons compris et que nous retrouvons les racines de nos engagements. Nous assistons à une nouvelle renaissance de nos idées. Il y a beaucoup de gens qui s’investissent dans cette force car elle cherche à inventer un nouveau monde avec un « communisme nouvelle génération ».

Nous cherchons le maximum d’investissement. Nous avons devant nous des possibilités de développement infinies d’autant plus qu’elles ne sont pas isolées : en Grèce, en Espagne, en Amérique latine, dans le monde arabe… Ce n’est pas qu’ un mouvement européen.

Débat

Le PC et le Front de Gauche n’ont pas réussi à redevenir le premier parti ouvrier. Accepter Mélenchon a-t-il diminué la défense du travailleur français de G. Marchais ?

Je voudrais revenir sur notre dame des landes. Sur les déclarations que tu as faites sur France info. Tu avais dit nous sommes favorables à cet équipement. Détruire le bocage de Notre-Dame c’est acceptable pourvu que l’Etat soit responsable de cette infamie. Comment peux-tu demander un nouveau type de développement humain en acceptant cet équipement, ce projet illustrateur du capitalisme ?

Ne faudrait-il pas renforcer le pouvoir du parlement européen pour une démocratie plus directe ?

Non je ne pense pas. 2 choses se mélangent dans ta question. L’affrontement à l’échelle de l’Europe est-il de classe ? Oui. Le fait que pendant 25 ans l’hégémonie capitaliste ait pu casser tous les modes de protection a exacerbé les affrontements de classes. ½ français estiment être pauvres ou en train de le venir (les échos). C’est un moment d’affrontement de classes terrible. Il faut soustraire le pouvoir à un pouvoir de l’argent. Non je ne crois pas car si l’affrontement est si vif, on peut considérer que 90% des gens sont spoliés. La tâche du révolutionnaire est d’unir ces 90%. Le rassemblement des exploités devient un objectif majeur. La voie durable est celle d’une prise en main du plus grand monde. Se doter d’une stratégie de rassemblement large est au contraire faire œuvre de révolution dans le sens le plus noble du terme. Non je n’ai pas l’impression de diluer le PC. Et attention aux références historiques : Marchais a été un artisan permanent du rassemblement de la gauche. L’unité est le meilleur de la tradition communiste. A chaque fois que le PC a été grand dans son histoire, le PC a été porteur d’un rassemblement unitaire le plus large possible.

Sur Notre-Dame : la question fait débat dans le parti lui-même. La position a été construite au fil des années. On y est favorable parce que la préoccupation écologique, qui fait partie de la tradition communiste, et le développement industriel doivent cesser d’être contradictoires. Pourquoi je défends Florange ? Car on a besoin d’acier et en même temps on défend une production autrement. Nous sommes dans la volonté de réconcilier cela. Nous ne sommes pas hostiles à la construction de grands équipements utiles. J’écoute ce qui se dit, et je ne te dis pas que la position du parti est figée. On mène le débat sur la méthode policière. Quand il y a une différence on l érige pas en guerre !

Oui, il faudrait démocratiser le débat parlementaire. On est dans un mode de production de la législation européenne totalement anti démocratique. Il faudrait un autre mode. Le fait d’élire le président de la commission européenne n’est pas une bonne idée par contre.

Le principe de proportionnalité est-il plus judicieux pour représenter des orientations politiques comme la vôtre ?

Oui c’est une proposition que l’on défend. Une des propositions de rénovation de la vie politique est cette proposition. Il faudrait une proportionnelle intégrale : 1 voix = 1 voix.