Compte-rendu de la conférence de Éric Hazan

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Eric Hazan est né d’une mère palestinienne et d’un père juif apatride. Il s’est notamment illustré par son combat militant avec le FLN en Algérie et pour ses compétences de médecin. Il fait d’ailleurs parti de l’association médicale franco-palestinienne. Il a écrit de nombreux ouvrages sur l’anti-sémitisme et la question israélo-palestinienne en général.

C’est un plaisir pour Eric Hazan d’avoir à faire à un public particulièrement jeune – quelque chose de « nouveau et formidable ». Il ne sera pas question de faire un topo classique mais il s’agira plutôt parler de notions qui sont des « pollutions de la pensée » – sur lesquelles il serait bon d’avoir une vision rafraîchie.

hazan_1La première notion à travailler est celle de « Conflit israélo-palestinien ». En vérité, il n’y a pas de conflit, car pour qu’il y ait conflit il faut qu’il y ait deux puissances de forces commensurables. Or ici, la Palestine est dans un conflit face à un pays qui a l’une des armées les plus puissantes du monde, et cette première est un pays qui n’est même pas considéré comme tel. L’occupation de la Palestine par l’armée israélienne n’est pas un conflit. De même il n’y a jamais eu de négociations entre Israël et les palestiniens. L’arbitre qui demeure les États-Unis est toujours du côté du plus fort. Il y a eu des diktats plus ou moins acceptés (Accords Oslo 1993 signés par Rabin et Arafat). Les accords d’Oslo sont en ce sens un véritable diktat accepté. Quand on parle de « processus de paix », il faut savoir que les mots sont creux car un processus c’est normalement une marche en avant. Ici, c’est un faux-semblant destiné à faire accepter le Statu quo (un État permet la continuation du grignotage de la Palestine). Tous les jours le processus de judaïsation avance par l’implantation régulière de colonies.

L’Autorité palestinienne est une création des Accords d’Oslo qui prévoyaient la formation de cette autorité et la création des territoires « A, B et C ». L’autorité palestinienne ressemble à un gouvernement (différents ministres) mais il n’en est rien.
En vérité, cette autorité a deux rôles :

  • distribuer l’argent des pays donateurs pour le reverser aux fonctionnaires de l’autorité palestinienne (150 000 personnes environ)
  • servir de supplétif pour la sécurité de l’État d’Israël – maintenir étanche la frontière et lutter contre le terrorisme – C’est ainsi que le Hamas a disparu officiellement de Cisjordanie.

Les élections législatives de l’autorité palestinienne auraient du avoir lieu en 2006 mais cette autorité n’a aujourd’hui plus aucune légitimité. Le camp de la paix de la gauche israélienne ne conteste jamais les avancées d’Israël – ces personnes sont un alibi très puissant pour l’opinion internationale. Ce sont des gens de talents qui sont d’autant plus moralement condamnables selon Eric Hazan.

Les colonies israéliennes en Cisjordanie – se sont des villes, de véritables territoires urbains.
2 grands groupes de colonies :

  • un groupe au Nord qui part de Tel Aviv jusqu’à la moitié de la Cisjordanie
  • un autre qui va jusqu’à la mer morte

Dans ces colonies vivent 500 000 personnes. En 2005, on a évacué les colonies de 8000 personnes. Aujourd’hui selon Hazan, jamais on évacuera toutes les colonies et d’ailleurs ce ne serait pas juste. Il y a une minorité de « sionistes fous », souvent des juifs américains très religieux mais finalement peu nombreux. Dans l’ensemble, les habitants des colonies sont des pauvres. Souvent ils viennent des pays de l’Est.

Le dernier point c’est « État palestinien » → Qu’est-ce qu’un État ?
En général c’est une continuité territoriale (même un archipel comme la Malaisie ou le Japon). Ici même la Cisjordanie est divisée en 3 et les 2/3 des palestiniens sont en diaspora (dans les camps de réfugiés du Liban, de Syrie, des pays du golfe…). Deuxième caractéristique d’un État : il est maître de ses frontières or ici la frontière Ouest et Nord est contrôlée par Israël qui retient les droits de douane. La Palestine n’est donc même pas maître de son économie. En revanche, un faux État Palestinien serait possible pour apporter une touche d’optimisme.

Première question de Dominique Maliesky (professeur de Relations Internationales à Sciences Po Rennes) :
Si ce n’est pas un conflit (même asymétrique) Qu’est-ce que c’est ?
Une occupation ou .. un conflit « super asymétrique ».

Comment, par qui et dans quel cadre former un état commun ?
Ça ne peut pas être une décision de l’ONU, et en aucun cas du conseil de sécurité. Il n’y a qu’un État aujourd’hui : l’État d’Israël car c’est sa loi qui règne sur 11 millions d’humains avec la moitié qui a tous les droits et l’autre qui n’en a pas du tout. Il faudrait une égalité des droits comme le droit de circulation qui aujourd’hui n’existe pas. ex : Une architecte palestinienne dit « moi je suis une méditerranéenne ». Il suffirait de mettre une égalité de tous les citoyens pour obtenir un État commun.

Quel genre de gouvernement pourrait être mis en place et vers quelle cohabitation ?
Au sujet du livre : Hazan, avec un vieil ami cinéaste israélien, ne pensait avoir aucune légitimité à écrire ce livre donc il a exclu l’idée de faire une constitution. Mais on pourrait imaginer à son sens une Fédération de Cantons. Le peuplement est beaucoup trop disséminé pour pouvoir tracer une frontière. Dans le projet de partition de 1947, on prévoyait 2 États avec des palestiniens dans Israël et inversement – il faudrait un déplacement de population ce qui paraît assez impossible à mettre en place. En revanche le schéma du canton est possible car certaines zones sont assez homogènes.

Malgré le droit de retour de la diaspora palestinienne, envisagez-vous un retour de la diaspora dans l’État commun ?
Il s’agit là d’une question toujours évacuée dans les négociations de l’autorité palestinienne, or c’est un aspect important. On ne doit pas confondre retour et droit au retour qui reconnaît un certain préjudice. Tous les juifs ont le droit au retour sur la terre d’Israël mais tous ne reviennent pas (2000 de France aujourd’hui mais c’est finalement peu par rapport au nombre total de juifs). La propagande israélienne fait du droit au retour la menace d’un tsunami.

Quel est l’équilibre de force à envisager pour un tel État ?
Cette question géopolitique est à voir d’un niveau local dans un premier temps. Aujourd’hui si on demandait aux palestiniens s’ils sont « pour » un État commun, la réponse serait massivement « non », mais les choses peuvent évoluer. Dans les années 70, les palestiniens ont commencé à exister mais sous forme de terroristes. La loi interdisait à un israélien de prendre contact avec un palestinien. Dès 1991, il y a eu un début de pour-parlers à Madrid. Les accords d’Oslo négociés secrètement ont été menés pour couper court aux négociations de Madrid car l’OLP ne voyait pas cela d’un bon œil. Aujourd’hui, la plupart des sondages réalisés en Israël montre que la majorité des israéliens ne sont pas contre la formation d’un État palestinien.
Si on avait dit pour l’Afrique du Sud que l’Apartheid aurait disparu, personne ne l’aurait cru – c’est une utopie qui s’est finalement produite. La seule solution qui celle d’un État commun va finir par émerger. La position des juifs américains sur Israël est très tranchée : les vieux sont majoritairement sionistes, les jeunes se divisent entre les très sionistes et une majorité qui s’en fou complètement.
Si la jeunesse juive américaine n’a pas d’intérêt particulier pour Israël, les choses peuvent véritablement évoluer. L’état d’esprit du début d’Israël à l’époque des Kibboutz n’existe désormais plus. Un fait incroyable : 30 000 juifs israéliens ont demandé des passeports allemands et autrichiens – les juifs se disent que si les choses tournent mal, ils iront en Allemagne, ce qui paraît extrêmement paradoxal.

Si on reprend l’exemple de l’Afrique du Sud, ce pays était boycotté par la communauté internationale contrairement à Israël qui est ce qu’il est selon une mission, qu’en pensez-vous ?
Une chose qui existait dans la lutte contre l’Apartheid c’était l’ANC où il y avait des blancs. En France, il y a une exception qui est que l’appel au boycott est un délit (loi de Michèle Alliot-Marie) ex : des appels au boycott des produits israéliens dans un Carrefour de Colmar. Mais dans l’opinion mondiale, l’image d’Israël s’est sérieusement détériorée.

Que dire de la jeunesse israélienne ?
Elle est effectivement très à droite et la gauche israélienne demeure fortement minoritaire. La jeunesse moyenne n’est pas désionnisée du tout.

Où se trouve le centre d’une solution ?hazan_5
La religion pourrait être un obstacle mais on espère qu’elle ne fera pas trop de ravages dans une région où le phénomène religieux prend une forme exponentielle. Ça ne peut pas être « l’opinion internationale » car il faudrait distinguer les gouvernants des peuples. La jeunesse qui arrivera bientôt aux postes de commande sera plus à même de trouver une solution.

Comment expliquez-vous le traitement médiatique de la colonisation et l’image de la religion musulmane qui est véhiculée ?
En France, les événement récents ont aggravé la tendance de l’islamophobie ambiante qui est redoutable. Seul Politis (revue) soutient la position d’Eric Hazan mais ce n’est pas le cas dans la plupart des mass médias.